L'entretien - Pascal Bois

Automne 2018

MagSacem n°101

Député et membre de la Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale, Pascal Bois s’est vu confier, avec sa collègue, la députée Émilie Cariou, une mission de préfiguration du Centre national de la musique (CNM).

 

Pascal Bois
© Assemblée Nationale - 2017

À la suite à ce rapport, la ministre de la Culture vous a confié une mission de préfiguration d’un Centre national de la musique. Quelles sont selon vous les finalités prioritaires de ce futur CNM ?
La première des priorités sera de donner du temps pour une évaluation afin d’identifier toutes les données économiques et statistiques.
Doter la filière et l’État d’un observatoire, véritable outil d’intelligence économique et sociale bénéficiant d’équipes expertes dotées d’un budget d’amorçage pour produire et acquérir des données et des études. Sur la base de cette analyse, il devra étudier toutes les ressources privées et publiques. Cela ne pourra se faire qu’en réunissant la filière pour renforcer sa place au niveau national et par le soutien à l’exportation.

Comment parvenir à mettre en place cette structure ? Il faut des moyens. Ou pensez-vous qu’on puisse les trouver dans un contexte budgétaire difficile ?
Nous mesurons les contraintes et notre prévisionnel budgétaire en tient compte. Avec ma collègue Émilie Cariou, nous avons une mission à remplir qui est de rendre un rapport avec ses orientations. Naturellement, nous sommes force de propositions quant à son financement, sans en être décisionnaires. C’est à partir de tous ces éléments que les ministères concernés travaillent actuellement à son financement.

On évoque la possibilité d’une taxe sur les services musicaux en ligne. Qu’en est-il ? Est-ce que cela pourrait être suffisant ?
Pour l’heure, aucune nouvelle taxe n’est envisagée, et dans notre lettre de mission, cette piste était écartée.

Quelles pourraient être les autres sources de financement ?
La piste que nous proposons est de récupérer une partie de la TOCE(2) déduite à France Télévisions qu’il est prévu de réaffecter au budget général.
Cette taxe prévue initialement pour le soutien à la création télévisuelle ne perdrait pas ainsi totalement sa vocation culturelle, car je sais que les différents fournisseurs d’accès internet y sont sensibles.

Est-ce que vous ferez des recommandations en termes de calendrier ?
Actuellement, le calendrier est calé par rapport au projet de loi de finances 2019 qui doit être voté avant la fin de l’année. Ensuite, il conviendra de passer par une loi pour la création de cet établissement. Compte tenu du calendrier législatif chargé, cela nous amène idéalement
au 1er juillet 2019.

Les professionnels de la musique ont été échaudés après l’abandon du projet de CNM en 2012.
Est-ce que vous envisagez que ce projet puisse de nouveau être abandonné pour des raisons financières, politiques ou autres ?

Je ne peux pas penser que nous raterions un troisième rendez-vous. À tous les niveaux, tout le monde mesure que cette industrie est à la croisée des chemins. Les usages et pratiques ont bouleversé cet écosystème. Aujourd’hui et encore plus demain, le streaming et l’écoute en ligne ne vont que s’amplifier. Un beau constat auquel il faut ajouter l’engouement pour le « live » qui ne se dément pas. Quoi qu’il en soit, avec ma collègue, nous restons mobilisés pour cette séquence budgétaire ou à venir.

Propos recueillis par Laurent Coulon

 

(1) Roch-Olivier Maistre, conseiller-maître à la Cour des comptes, a remis à Françoise Nyssen, ministre de la Culture, le rapport relatif à la mission de réflexion sur le projet de « maison commune de la musique », en novembre 2017.
(2) Taxe sur les opérateurs téléphoniques créée en 2009 pour compenser l’arrêt de la publicité après 20 heures sur les chaînes de France Télévisions.

 


 

MagSacem n°101

 

Publié le 12 novembre 2018