Centre National de la Musique - La force du collectif

MagSacem n°104

Le Centre national de la musique (CNM) a éclos. Après des années de réflexion, des mois de préfiguration, le CNM voit officiellement le jour le 1er janvier 2020.

La musique va enfin disposer d’un Centre national comme le cinéma, la danse, le livre, le théâtre, les arts de la rue et du cirque. Le CNM rassemblera en son sein plusieurs acteurs clés de l’industrie musicale dont des structures historiques comme le Bureau Export, le Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles (Irma) ou le Fonds pour la création musicale (FCM), en partie cofinancées par la Sacem. Il rassemblera aussi le monde de la musique enregistrée – avec le Calif, opérateur d’un programme de soutien aux disquaires indépendants – et celui du live représenté par le CNV, établissement public qui perçoit la taxe sur les spectacles de variétés et la redistribue à travers plusieurs mécanismes d’aide.

Camp d'écriture, Varsovie, 2019 © Maja Hylewicz

Dans une première intervention devant les professionnels de la musique, le nouveau président du CNM, Jean-Philippe Thiellay, a évoqué un « pacte d’ambition » pour la musique à l’horizon 2022 pouvant se décliner en cinq volets : connaissance, territoires, international, innovation et création « pour mieux accompagner l’écriture, la composition et le développement des oeuvres ».

Cependant, bien des questions subsistent. Sur le financement public (le rapport de préfiguration estimait à 20 millions d’euros la ressource publique nécessaire), le fonctionnement, la gouvernance, la représentativité des esthétiques. De leur côté, les auteurs, compositeurs et éditeurs de musique attendent du CNM qu’il intègre pleinement la création, sa diversité et son économie. Aux côtés des organisations professionnelles qui les représentent, la Sacem a fait plusieurs propositions parmi lesquelles la mise en place d’un crédit d’impôt en faveur de l’édition musicale, la création
d’un fonds de soutien pour les créateurs et les éditeurs ou encore le renforcement des moyens pour l’export.


 

LE BUREAU EXPORT 

Quatre cents projets aidés à l’international chaque année La création du Bureau Export de la musique française est un exemple probant et pérenne de ce que les professionnels de la musique ont su collectivement mettre en place avec l’appui des pouvoirs publics.

Au début des années 90, alors que le marché de la musique, comme d’autres, ne cesse de se mondialiser, les productions des maisons de disques françaises s’exportent encore peu. C’est pour y remédier qu’en 1993, sous l’impulsion de Jean-François Michel – alors directeur du Fonds pour la création musicale (FCM) –, la Sacem s’accorde avec la SCPP, société de producteurs phonographiques, et le FCM pour créer et financer, avec plusieurs ministères (Affaires étrangères, Culture, et Commerce extérieur via Ubifrance), le Bureau Export de la musique française – « Burex » pour les intimes. La mise en place des activités de l’association (conseil, mise en relation, veille de marché, financement…), avec son siège à Paris et l’ouverture des trois premiers bureaux à New York, Londres et Mayence, a ainsi permis d’accompagner – entre autres – l’éclosion internationale de la french touch dans la seconde moitié des années 90. Durant cette période, le budget du Bureau Export est passé de 250 millions de francs en 1993 à 2,5 millions d’euros en 2003, et Jean-François Michel, devenu directeur du Bureau Export, sait qu’il ne faut pas relâcher l’effort alors que les premiers signes de crise inquiètent les professionnels au Midem 2003 : « Regardez l’Allemagne : les ventes de musique ont plongé […] La France fait figure d’exception avec son marché en hausse, mais pour combien de temps encore ? Demain, ceux qui auraient négligé d’étendre leur territoire pourraient bien s’en mordre les doigts ».

Quinze ans plus tard, l’export est devenu une force pour les productions « made in France » et génère 302 millions d’euros de chiffre d’affaires (+ 50 % par rapport à 2010). Près de six cents structures (producteurs phono ou de spectacles, éditeurs, distributeurs, managers…) adhèrent au Bureau Export et quatre cents projets à l’international sont aidés chaque année par l’association et son réseau de trente collaborateurs à travers le monde.


 

Le FCM - Quand la filière met des moyens en commun

Initialement créé en 1984 sous le nom de Fondation pour la création et la diffusion musicales sonores (FCDMS), le Fonds pour la création musicale (FCM) est un organisme interprofessionnel.

© GOL3M

Le FCM a été fondé par les six sociétés de gestion collective de droits d’auteur et de droits voisins représentant les auteurs (Sacem, SACD), les artistes-interprètes (Adami, Spedidam) et les producteurs de phonogrammes (SCPP, SPPF). Son objectif est de mobiliser l’ensemble de la filière
autour d’une action commune de soutien à la création, à la diffusion et à la formation musicale.

La mise en place du FCM s’est opérée dans le cadre de l’adoption de la loi de 1985 sur le droit d’auteur et les droits voisins, qui stipule que 25 % des sommes provenant de la rémunération pour copie privée et les irrépartissables de la rémunération équitable sont utilisés à des fins de soutien à des actions d’intérêt général. Le FCM soutient annuellement près de sept cents projets à hauteur de 4,2 millions d’euros (chiffres 2018).

L’action du FCM se décline à travers douze programmes d’aide (disque, spectacle, formation, édition…), chacun disposant d’un budget propre et étant géré par une commission professionnelle souveraine où se rassemblent auteurs, compositeurs, éditeurs, producteurs, artistes et représentants du ministère de la Culture.

 

L’IRMA - Une économie mixte à des fins d’intérêt général

En 1994, le Centre d’information et de ressources pour les musiques actuelles (Irma) se crée par le regroupement des centres d’information du jazz (Cij) et des musiques traditionnelles et du monde (Cimt) au sein du Cir – Centre d’information rock, chanson, hip-hop, musiques électroniques –, lui-même fondé en 1986.

Rencontres nationales Ressources & territoires organisées par l'Irma , le 12 juin 2019 © Lisa Ritaine

L'association est, dès lors, conventionnée par le ministère de la Culture et soutenue par les organismes de la filière musicale, notamment par le FCM, le Centre national de la chanson, des variétés et du jazz (CNV) et par trois organismes de gestion collective (la Sacem pour les auteurs, l’Adami pour les artistes-interprètes, la SPPF pour les producteurs phonographiques).

Ce partenariat a permis le développement d’un pôle de référence national assurant une mise à disposition de ressources expertisées, ces services et ressources ayant la particularité de s’adresser à tous, de l’amateur au professionnel, sans critère d’entrée ni besoin d’adhérer. En somme, un service public et une cellule d’appui au secteur.

Les activités de l’Irma sont nombreuses – référencement des acteurs, conseil aux porteurs de projet, plateforme de recrutement, formation professionnelle, édition de guides métiers, production d’études… – et représentent un ensemble de « ressources non-financières » pour la musique.

La souplesse de l’association et son implication auprès des acteurs ont favorisé l’éclosion et la réalisation de nombreux projets d’envergure pour la filière, que ce soit pour les artistes (à l’origine de la création du dispositif d’accompagnement du Fair), les collectivités territoriales (coordination des concertations territoriales pour les musiques actuelles) ou l’industrie musicale (co-organisation de la convention professionnelle MaMA).

Par Sam Dhî

 

 

Publié le 19 décembre 2019