Hommage à Rika Zaraï, autrice, compositrice et interprète

23 décembre 2020

C’est avec une très grande tristesse que la Sacem a appris la disparition de Rika Zaraï. Avec détermination et talent, la chanteuse israélienne avait conquis le cœur des Français en adaptant de nombreux succès et en interprétant des textes de grands auteurs.

Rika Zarai
Rika Zaraï jouant du piano, 1972 ©Patrice Picot/Gamma Rapho

Elle était née à Jérusalem, elle s’est éteinte à la veille de Noël, au matin du 23 décembre. Rika Zaraï aura enchanté les écrans populaires durant quatre décennies, offrant à son public une généreuse dose d’optimisme empathique, parfois teinté d’une brume de mélancolie slave. Rika Gozman, dite Rika Zaraï, avait vu le jour le 19 février 1938.
Elle était la fille de deux pionniers de la fondation d’Israël, mère polonaise, père arrivé d’Ukraine à l’âge de treize ans pour rejoindre le mouvement sioniste. Après un premier prix de piano obtenu au Conservatoire de Jérusalem à 17 ans, elle doit effectuer son service militaire. L’armée israélienne la charge de diriger une comédie musicale, Cinq sur Cinq, où elle croise son futur mari et père de sa fille Yaël, le parolier Johann Zaraï.  

Confortée par le succès du spectacle, la jeune femme, alors titulaire d’un diplôme d’enseignement pour enfants handicapés, décide d’embrasser la carrière artistique. Elle apprend son métier dans les cafés-théâtres, où elle interprète des chansons françaises en hébreu.
Repérée par l’une des têtes chercheuses de l’Olympia, elle se rend à Paris avec sa fille et 100 dollars en proche pour y rencontrer Bruno Coquatrix. Séduit par sa voix ample, son enthousiasme et sa modernité, le patron du célèbre music-hall parisien tique sur un point : elle ne parle que l’hébreu et l’anglais. Sommée par Coquatrix d’apprendre le français, elle s’applique à la tâche, en se produisant dans des cabarets, en France et en Belgique.

S’il y a une chose que Rika Zaraï n’a jamais voulu perdre, c’est son accent, celui des « sabras », nés dans la Palestine d’avant 1948. Cela tombe bien, car l’un des pontes de la chanson française de l’époque, Eddie Barclay, adore les chanteuses à accent. Rika Zaraï publie un premier 45 Tours, où figurent L’Olivier et Hava Nagila, sur le label Bel Air. En 1961, elle est sur la scène de l’Olympia, et y rencontre Jean-Pierre Magnier, le batteur de Jacques Brel qui deviendra son producteur et son second mari.

Autour d’elle, de sa spontanéité, et des airs exotiques qu’affectionne la France des années 60, se tisse le réseau qui mène alors à la célébrité : elle est invitée par Denise Glaser pour Discorama, mais aussi par Lucien Morisse, directeur des programmes d’Europe 1 ; elle assure les premières parties de grands noms du music-hall, outre Jacques Brel, Marcel Amont à Bobino en 1960, ou les Chaussettes Noires à l’Olympia en 1963.

La même année, elle enregistre Tournez manèges dont le cinéaste Claude Lelouch tire un « scopitone », l’ancêtre du clip. Alors qu’elle effectue sa première grande tournée française aux côtés de Gilbert Bécaud, Rika Zaraï, nourrit son répertoire d’adaptation de chansons traditionnelles, telle que Hava Naguila, ou encore un succès créole comme Sans chemise sans pantalon composé en 1958 par le Guadeloupéen Gérard La Viny.
Elle reprend deux chansons de Charles Aznavour, Et pourtant et Le temps puis elle signe chez Philips en 1965, où elle brille avec Jérusalem en or, chanson populaire écrite en 1967, à la veille de la Guerre des Six jours, par Naomi Sherer, ou encore Prague, dont elle compose la musique.

En 1969, elle connaît le véritable succès, avec son tube Casatchok, adaptation joyeuse d’une chanson russe de 1938. Autre succès, Alors je chante, adapté de l’italien, la consacre Vedette féminine de l'année 1969.
Quelques mois plus tard, elle est victime d’un accident de la route qui la plonge dans le coma et l’immobilise dans un état grave qu’elle surmonte après une longue période de rééducation. Encore alitée, elle compose la chanson Balapapa, et finit par revenir sur le devant de la scène, enchaînant trois Olympia en 1970, 1971, 1972.  Puis, elle part en tournée européenne, passant en Espagne, en Italie et en Hollande.
Elle enregistre également de gros succès, comme Tante Agathe et Les jolies cartes postales, un texte de Pierre Delanoë. Les petits nouveaux de la télé, Guy Lux, Danièle Gilbert, Jacques Martin ou encore Michel Drucker, l’affectionnent. En 1972, elle reçoit la médaille de Chevalier des Arts et des Lettres.

L’épisode douloureux de son accident l’amène à se pencher sur les médecines douces, qu’elle étudie onze ans durant avant de publier en 1985 un livre, Ma médecine naturelle, rédigé avec Dan Franck, qui est vendu à deux millions d'exemplaires, premier d’une série d’ouvrages à succès.
Ses prises de position dans ce domaine lui valent l’hostilité du corps médical et les moqueries des humoristes. Elle passe un diplôme de santé holistique, publie des livres et quelques albums (Tout va très bien sorti en 1983, Sans rancune et sans regret en 1986) avant de publier une compilation 30 ans d’amour.
En 2000, sort son album Hava, dont le lancement se fait au Queen, célèbre boîte gay des Champs-Élysées. En 2007, elle participe à la deuxième année de la tournée « Âge Tendre et têtes de bois ». Pour fêter ses cinquante ans de carrière, elle publie un nouvel album, Quand les hommes…

En 2008, Rika Zaraï est victime d’un accident vasculaire cérébral, qui la paralyse en partie.
Mais en janvier 2020, elle remonte sur scène, en fauteuil roulant, pour chanter Prague, aux Folies Bergères à l’occasion de La nuit de la déprime imaginée par l’humoriste Raphaël Mezrahi, accompagnée au violon par Anne Gravoin.
Parue en 2013, l’Anthologie 1960-1982 mettait en évidence une carrière durant laquelle la chanteuse a vendu plus de 29 millions de disques.

Rika Zaraï avait adhéré à la Sacem comme autrice et compositrice en 1969 et était devenue sociétaire professionnelle en 1973. Sa détermination, sa modestie, son courage face aux épreuves mais aussi ses talents d’interprète au service des textes de grands auteurs sont autant de raisons qui expliquent la place de choix que Rika Zaraï occupait dans le cœur des Français.

« Rika Zaraï a incarné avec classe et goût la chanson populaire. Ce n’est pas par hasard que Jacques Brel l’avait choisie pour être la vedette américaine de son premier Olympia en 1961. Son accent n’était pas seulement celui de ses origines, c’était aussi celui de la générosité ».
Claude Lemesle, Auteur, Président d’honneur de la Sacem.

Publié le 23 décembre 2020