Sète fête Brassens

« Penser Sète, c’est penser Brassens, penser Brassens, c’est penser Sète », disent les aficionados. C’est donc dans la cité portuaire languedocienne, que le centenaire de la naissance du « moustachu à la pipe » est fêtée avec conviction.

Georges Brassens aurait eu cent ans le 22 octobre. Il en avait trente quand la chanteuse et patronne de cabaret Patachou le découvre, avant que Jacques Canetti, fondateur des Trois Baudets et directeur artistique du label Philips, ne le lance dans la cour des grands.

Monté à Paris, Brassens est un enfant de Sète, « l’île singulière » qui tiendrait son nom (Sète, cétacée) du profil de baleine du Mont Saint-Clair, qui domine la ville et les plages étendues entre la mer et l’Etang de Thau, où Georges enfant, allait pêcher.

Georges Brassens appartient à notre patrimoine musical français. Il a imprimé sa marque sur cette ville qu’il aimait, et qui le lui rend bien. Ainsi, les festivités organisées autour du centenaire de sa naissance ont naturellement pris leur ancrage dans la cité languedocienne, où a été ouvert en 1991, l’Espace Georges Brassens, 800 m2 consacré au poète-chanteur. Une visite, que l’on pourra compléter avec la consultation sur son site de 62 archives, dont son examen d’entrée à la Sacem daté du 19 janvier 1942, mises en ligne par le Musée Sacem.

La Sacem est partenaire de la série d’événements hommage organisés à Sète.  La musique de Georges Brassens était singulière, empreinte de swing, de classicisme, mais aussi d’un autre élément constitutif de la ville de Sète : d’inspiration italienne. Petit, Georges Brassens écoutait sa mère chanter des tarentelles  - sa famille maternelle était arrivée pendant le grand mouvement migratoire des pêcheurs venus du sud de l’Italie vers le port de Sète à la fin du 19è siècle. Logiquement, la Ville de Sète et ses partenaires ont choisi d’établir l’épicentre du Centenaire Brassens sur un bateau. Amarré dans le port de Sète, quai du Maroc, ils ont investi un bateau-phare tout rouge, rebaptisé Roquerols, du nom du phare de l’Etang de Thau que Brassens affectionnait.

Avec ses 56 mètres de long, ses 20 mètres de hauteur, le Roquerols, construit à Londres en 1936, accueille jusqu’à la fin de l’année jusqu’à 400 personnes pour des concerts, des rencontres littéraires, des conférences… Ce QG du centenaire Brassens a été revisité par la scénographe Clémentine Deroudille, coréalisatrice de l’exposition « Brassens ou la liberté » montrée à la Philharmonie de Paris en 2011.

Brassens respirait l’irrévérence sétoise. En retour, Sète a respecté le souhait de l’enfant du pays : « Je voudrais mourir parmi les vivants ».
En 2021, ces vivants ont fait bloc pour célébrer le poète disparu à l’âge de soixante ans : le Conservatoire de musique et d’art dramatique Manitas de Plata, le Musée international des Arts Modestes (MIAM), fondé par le peintre sétois Hervé di Rosa, se sont mobilisés pour organiser ateliers et rencontres. L’association Cap Brassens, quant à elle, organise un événement festif tous les 22 du mois, sous l’appellation, « 22 V’La Georges ». Elle l’a élargi en festival du 22 au 29 octobre sur la place des Puces, et bars avoisinants, 45 artistes, 75 concerts gratuits, tous autour du grand Georges.

Le 22 octobre, le Théâtre Molière, scène nationale archipel de Thau, a invité Juliette, François Morel (qui vient d’enregistrer Brassens dans le texte avec Yolande Moreau) et Antoine Salher à célébrer l’auteur-compositeur de près de 150 chansons, pour la plupart passées à la postérité.

Le Musée Paul Valéry (autre Sétois célèbre) présente l’exposition « Robert Combas chante Sète et Brassens », réunissant des œuvres peintes par le maître de la figuration libre, certaines en 2000 pour dévoiler Sète, ses ponts, ses joutes, ses canaux, et d’autres, datant de 1992, illustrant des chansons telles que  Fernande, Les Amoureux des bancs publics ou le Gorille. Combas, également sétois, peint des portraits du « moustachu à la pipe », aux vertus punks et anarchistes. Il a parallèlement illustré un coffret collector de dix disques vinyles, publiés par Universal Music.

Brassens est enterré chez « les pauvres », au cimetière du Py, côté Etang de Thau  (Paul Valey l’est au cimetière Marin, côté Méditerranée). Il n’y est pas dérangé. « Refusant d'acquitter la rançon de la gloire/Sur mon brin de laurier je m'endors comme un loir », écrivait-il dans Trompettes de la Renommée, récompensée en 1963 par le Prix Vincent Scotto alors décerné par la Sacem pour récompenser la meilleure chanson populaire de l’année.

Véronique Mortaigne

Publié le 15 octobre 2021