La disparition de Jean Baudlot, compositeur discret et visionnaire

Mars 2021

Par sa passion des instrumentaux et des premiers ordinateurs, ce merveilleux touche-à-tout passa de la composition pour la variété française aux musiques de jeux vidéo puis de documentaires télé.

 

Jean Baudlot - (c) Fonds Sacem
© Fonds Sacem
 

Avec sa moustache, ses cheveux mi-longs et son regard clair, il aurait pu faire carrière dans le western. Mais c’est une autre voie qu’a choisie Jean Baudlot, compositeur pour la chanson française dans les années 70, travaillant ensuite pour la télévision tout en saisissant l’opportunité des jeux vidéo dont il deviendra une figure culte pour les gamers de tous âges.

Né en 1947, Jean Baudlot reçoit les Beatles comme un choc, à l’image de nombre d’adolescents de sa génération. La vague pop lui donne envie d’apprendre la musique. Après un premier emploi de comptable, il se fait embaucher par des maisons de disques comme compositeur. Il devient membre de la Sacem en 1972, entamant une décennie durant laquelle il compose pour des artistes tels que Franck Fernandel, Georgette Lemaire ou Léna. Il cosigne la musique de À toi, un des fleurons du répertoire de Joe Dassin (1976), et signe celle de Couleurs pour Michèle Torr. Sous le pseudonyme de Laurent Vaguener, Baudlot passe lui-même derrière le micro pour représenter Monaco au Concours Eurovision de la chanson 1979 avec sa chanson Notre vie c'est la musique.

À la fin des années 70, le disco explose et le synthétiseur émerge, préfigurant l’arrivée des musiques électroniques. Il se fait embaucher par le label Delphine pour lequel il compose pour Richard Clayderman (Lady Di, Couleur tendresse) et collabore à de nombreux titres de Nicolas de Angelis. Attiré par la révolution informatique, il acquière ses premiers ordinateurs qui deviennent ses instruments de prédilection, entre autres un Amiga 2000. En 1987, le voilà directeur artistique de Delphine, dont il convainc les dirigeants d’équiper leur personnel d’Atari 520 ST. Il en devient même le formateur attitré ! Grâce à des commandes des studios Ocean et Imagine Software, Baudlot compose ses premières bandes-son pour des jeux vidéo, Operation Wolf, Bad Dudes et Beach Volley. Nouveau coup de génie l’année suivante quand il incite Delphine à monter un département dédié à cette industrie naissante, nommé Delphine Software. Quatre années durant, il signe pour ses titres quelques thèmes restés mythiques comme ceux de Castle Warrior, Croisière pour un cadavre, Les Voyageurs du Temps : La Menace, Bio Challenge et Operation Stealth.

À partir des années 90, il monte sa propre structure de production et réalise des habillages sonores pour la publicité, la radio et la télévision. Il signe alors quelques bandes-son de documentaires qui font date, comme celles de la trilogie Ils ont filmé la guerre en couleur, Le mystère Malraux et Hillary and Bill.

Figure discrète de la composition à la française, Jean Baudlot en restera comme l’un des visionnaires, capable d’innover dans tous les registres musicaux qu’il aura investis.

Il fut aussi très engagé dans la défense du droit d’auteur et de la gestion collective et à ce titre occupa de nombreuses fonctions au sein des instances de la Sacem et de la filière musicale. Généreux, ouvert aux autres, il fut également l’un des membres actifs du Comité du cœur de la Sacem.

 

« Le visage buriné de Jean Baudlot cachait une sensibilité délicate. ll était ainsi le co-compositeur d’une des plus jolies chansons de mon ami Joe Dassin : « A toi ». C’était un John Wayne romantique qui laisse en nos cœurs la trace immense et pérenne de la véritable amitié ».
Claude Lemesle, auteur

Président d’honneur de la Sacem

« Jean Baudlot était un grand frère généreux pour de nombreux sociétaires. Une élégance, une intelligence et un humour qui ont donné confiance et guidé celles et ceux qui ont eu la chance de croiser sa route. Une amitié rare ».
Patrick Sigwalt, compositeur
Secrétaire Général du Conseil d’administration de la Sacem

 

 

Publié le 25 mars 2021