Hommage à Míkis Theodorákis

02 Septembre 2021

C’est avec une profonde émotion que la Sacem rend hommage à Míkis Theodorákis. Compositeur aux mille talents, homme engagé et militant aux mille vies, il était membre de la Sacem depuis 1956. Míkis Theodorákis a dominé la vie culturelle et politique de son pays durant plus de sept décennies.

Mikis Theodorakis
©Musée Sacem

Pour les uns, Míkis Theodorákis est le maître d'œuvre du renouveau de la musique grecque et le créateur du célébrissime thème du film Zorba le grec. Pour les autres, il est le symbole de la résistance à toutes les dictatures, toutes les oppressions. Míkis Theodorákis est tout cela à la fois.
Combattant de la liberté, il fut emprisonné et torturé, des geôles nazies à celles des colonels, et connut la clandestinité et l'exil. Homme politique, élu plusieurs fois député puis nommé ministre, il œuvra autant pour la démocratie que pour la renaissance de la culture grecque, musicale ou littéraire.
Musicien, auteur et compositeur, on lui doit plus d'un millier de mélodies, opéras, oratorios, symphonies, rhapsodies, musiques de ballets, de films ou cycles de chansons.

Né en 1925 sur l'île de Chios, en Grèce, il se passionne très tôt pour la musique, écrit ses premières compositions à l’âge de douze ans et donne son premier concert cinq ans après.
L’occupation germano-italienne en 1941 l’incite à entrer dans la résistance, période au cours de laquelle il est plusieurs fois arrêté et torturé avant de devenir membre de l’ELAS, l’armée populaire de libération nationale.
Un militantisme qu’il poursuivra pendant la guerre civile qui s’ensuivit et qui lui vaudra d’être laissé pour mort par la police lors d’une manifestation en 1946, puis d’être déporté dans un camp de l’île de Makronissos, dont il sera l’un des rares à sortir vivant. Dès 1950, il reprendra ses activités de compositeur avant de s’inscrire au Conservatoire de Paris dans les classes d’Eugène Bigot et Olivier Messiaen.

L'œuvre de Theodorákis peut se diviser en quatre périodes. La jeunesse, de 1940 à 1953, dont on retiendra surtout sa Symphonie n°1.

L'apprentissage, à Paris jusqu'en 1960, avec la Suite n°1 pour piano et orchestre couronnée de la médaille d'or au Festival de Moscou en 1957, sous la présidence de Chostakovitch, sans oublier des musiques de ballet qui ravirent Darius Milhaud lui-même.
Anecdote : les Beatles débutants ajoutèrent l'une de ses chansons à leur répertoire, The Honeymoon Song en 1963…

Vint ensuite le retour aux racines grecques, avec des œuvres ambitieuses comme Axion Esti, hymne à la création et à la liberté, sur un poème d'Elytis.
Puis la période universelle, à partir de 1980, avec le mondialement connu Canto General, oratorio épique sur des poèmes de Pablo Neruda, ou le Chant Olympique composé pour les Jeux de Barcelone, en 1992.

Retiré de la vie publique, il continuera de composer (citons ses opéras Medea, Electra et Antigone), de s’engager pour des causes humanitaires et de porter un regard acéré, parfois polémique, sur l'actualité, comme le conflit du Kosovo, la politique d’Israël, la guerre d’Irak ou le modèle économique imposé à la Grèce par le Fonds monétaire international et l’Union Européenne. En 2007, il avait été élevé au grade de Commandeur de l’Ordre de la Légion d’Honneur.

"J'ai eu la chance, le bonheur, d'écrire sur des mélodies de Mikis Theodorakis, en particulier pour une autre grande combattante grecque de la liberté, Melina Mercouri, et pour la magnifique artiste italienne Milva qui vient, elle aussi, hélas, de nous quitter. C'est un honneur inoubliable. Des hommes tels que lui illuminent nos vies de leur courage et de leur souffle créateur." Claude Lemesle, Auteur, Président d’honneur de la Sacem.

Publié le 02 septembre 2021