Sortie en salle : Africa Mia, la fabuleuse histoire des maravillas de mali

Le 16 septembre 2020 dans les salles

La musique et l’image : deux arts indissociables

La musique et l’image : deux arts indissociables

Parce qu’une œuvre audiovisuelle se regarde autant qu’elle s’écoute, la musique tient une place essentielle au cœur du processus de création. La bande originale participe pleinement à l’identité d’une œuvre audiovisuelle. Les auteurs et compositeurs de musique, jouent un rôle majeur dans la création de cette œuvre.

La Sacem valorise la musique à l’image et les compositeurs de musique de films en soutenant la création de musique originale sur différents formats (les long-métrages, les fictions TV, les court-métrages et documentaires), aux œuvres audiovisuelles musicales (long-métrage et documentaire), captations de spectacles vivants, les ciné-concerts, les émissions musicales, les festivals et les manifestations audiovisuelles, etc.

L’histoire du groupe mythique qui a fait danser de la havane à Bamako

 « Africa Mia, la fabuleuse histoire des Maravillas de Mali » est un film réalisé par Richard Minier et Edouard Salier ayant bénéficié d'un soutien de la Sacem via ses programmes d'aide.

Une histoire qui commence en pleine guerre froide, en 1964, quand dix musiciens maliens débarquent dans la Havane de Castro pour y étudier la musique. En brassant les sonorités ils deviennent le premier groupe afro-cubain de l'histoire : les Maravillas de Mali. Cinquante ans plus tard, entre Bamako et la Havane, nous partons à la recherche du maestro Boncana Maïga, son chef d'orchestre, avec le projet fou de reformer ce groupe de légende !

 

UN PROJET ARTISTIQUE TRANSVERSAL

Africa Mia est un projet transdisciplinaire qui fait revivre la fabuleuse histoire des Maravillas de Mali et ranime la fièvre cubaine des années 60. Un demi-siècle après leur création, Las Maravillas de Mali renaissent sous la forme multiple d’un album produit chez Universal Music, d’une exposition photographique primée aux Rencontres d’Arles et d’un groupe qui, sous la baguette du Maestro Boncana Maïga, a rempli la Philharmonie de Paris. Africa Mia est un film qui raconte leur histoire.

En 2019, l’aventure a pris la forme d’un CD, Africa Mia, qui comprend les enregistrements d’époque et de nouvelles versions, des collaborations avec des artistes contemporains tels que Mory Kanté, Inna Modja ou Roldan Gonzalez le chanteur cubain du groupe hip hop Orishas.

L’album est ressortie le 11 septembre 2020 chez Decca Records

LE MAESTRO BONCANA MAÏGA

© New Story

Flûtiste et chef d’orchestre du groupe Las Maravillas de Mali, Boncana Maïga est un compositeur, arrangeur et producteur de musique. À son retour de Cuba et lors de son exil en Côte d’Ivoire, il va devenir un des plus grands musiciens et producteurs africains. Il produit les albums d’Alpha Blondy, compose la bande originale du film « Bal Poussière » et fonde, avec le producteur Ibrahim Sylla, le groupe « Africando ».

Interview

Africa mia. C’est le titre d’une des chansons enregistrées en 1967 par sept musiciens maliens à Cuba, réunis sous le nom de Maravillas de Mali. Africa mia, c’est aussi le titre d’un documentaire soutenu par la Sacem qui retrace leur incroyable histoire, en compagnie du dernier survivant du groupe, le maestro Boncana Maïga.

1967. Dans les mythiques studios Egrem de la Havane, sept jeunes Maliens épaulés par des musiciens cubains enregistrent un disque unique. De la pure musique cubaine, où s’invitent les langues africaines, en l’occurrence, celles du Mali. Le gouvernement cubain, phare du socialisme tropical, offrait alors des bourses aux pays frères du continent africain. De quoi former des médecins, des agronomes, et aussi… des musiciens. En 1964, une dizaine de jeunes venus des quatre coins du Mali embarquent donc pour cette île dont la musique fait rêver toute l’Afrique, au point que la chanson phare qui fait danser le continent en ce début des années 60 s’appelle Indépendance cha-cha.

A la Havane, en marge de leurs études au conservatoire, sept de ces jeunes gens fondent leur propre groupe, et se produisent pour la première fois lors d’une fête organisée pour célébrer le quatrième anniversaire de l’indépendance du Mali. Flûtes, violons, piano… jamais on avait vu une charanga si africaine ! En 1967, de passage au Mali, ils sont invités par le président Modibo Keita qui danse au son de leur titre phare, Rendez-vous chez Fatimata. Pas peu fiers, ils repartent à Cuba. Un an plus tard, le président malien est renversé par un coup d’Etat, le premier d’une longue liste. Si bien que lorsqu’ils reviennent au pays, quelques années plus tard, l’ambiance a changé : même si leur disque a été un succès, les nouvelles autorités les regardent d’un œil défiant. Le groupe, sans perspective, se sépare. Seul Boncana Maïga, qui quitte alors le Mali, connaîtra une brillante carrière. Il est le seul survivant de l’orchestre, et le personnage principal du film de Richard Minier, qui en a reconstitué l’histoire extraordinairement émouvante, entre Bamako et la Havane.

De passage à Paris pour la sortie du film, Boncana Maïga a répondu aux questions de la Sacem.

Africa mia, que représente ce film pour vous ?

Ça représente beaucoup pour moi, parce qu’il y a une chanson qui s’appelle Rendez-vous chez Fatimata qui a traversé le temps, l’Afrique de l’Ouest et du Centre dans les années 70.  Aujourd’hui on la voit chantée dans le film, et on met enfin une image de Boncana sur la chanson. C’est un film qui va aider les nouvelles générations à savoir que la musique est un métier qu’il faut travailler : moi j’ai attendu cette reconnaissance-là pendant 50 ans parce qu’on avait au départ des chansons, et on ne pensait pas au truc commercial- les cacahuètes qu’on mange, puis on boit de l’eau et on est rassasié-, non on ne pensait pas à ça. J’aimerais que ça serve à ces nouvelles générations africaines, et c’est pourquoi je rends hommage à Manu Dibango qui a vécu de sa musique et de son saxophone jusqu’à sa mort. Moi ce sera pareil, jusqu’à ma mort. Je pense aussi à mes camarades des Maravillas de Mali, qui auraient pu être là avec moi. Aujourd’hui je suis tout seul, je suis en train de récolter les fruits qu’on a commencé à semer ensemble : on était sept au départ. Mais la vie est ainsi faite… Ils sont remplacés par des jeunes musiciens cubains (dans les nouvelles versions enregistrées à Cuba pour le film, ndlr), mais dès que je joue ma flûte, je ne peux m’empêcher de penser à eux.

En 63, vous êtes sélectionnés par les autorités du Mali pour bénéficier de ce programme de formation à la Havane, dans le cadre de la coopération entre pays socialistes. Quel genre de formation avez-vous reçu là-bas ?

A Cuba, au conservatoire on apprend Mozart, Chopin, Bach, tout ce qui est classique : c’est la formation de base. Mais la musica cubana, ou la musique afro-cubaine, c’est dans la rue qu’on la joue. Donc nous, on a commencé à travailler leur musique avec nos langues, et les Cubains me demandaient : qu’est-ce que vous apportez, c’est notre musique ? Je répondais :  non, ce n’est pas votre musique. Vous, notre musique, vous l’avez travaillée mieux que nous parce que vous étiez avec les Américains, vous aviez plus de moyens, mais c’est notre musique qu’on ramène à l’état brut pour la retravailler. Parce que la rumba, les tambours et tout, c’est les esclaves africains ! Et nous revenons.

La culture, c’était un axe très important de la politique de votre président d’alors, Modibo Keita. Il s’appuyait sur la culture pour redonner fierté au pays nouvellement indépendant…

…exactement, c’est pourquoi à cette époque il y avait les orchestres nationaux A, B, C… il y avait le Rail Band de Salif Keita et Mory Kante, les Ambassadeurs… tout le monde était là, c’était la joie, et c’était une effervescence extraordinaire. Parce qu’il y avait une politique culturelle. Nous, quand on est rentrés en 1972, tout ça c’était fini, c’était le gouvernement militaire, c’étaient des milices partout, pas de considération. Une époque triste dont je n’aime pas trop me souvenir.

Vous aviez été envoyés par le régime précédent, ça vous rendait suspect ?

Oui, ils pensaient qu’on était des révolutionnaires, qu’on venait avec les idées de Fidel Castro. On a été négligés, peut-être pour ces raisons politiques. Et puis on s’est séparés. Maravillas de Mali n’a jamais plus joué ensemble. Professionnellement, on n’a jamais pu exploiter l’orchestre.

Ce film, c’est enfin la reconnaissance de toute cette histoire ?  

On peut le dire, c’est vraiment une reconnaissance de l’histoire, parce que ce groupe est arrivé au Mali plein de bonne volonté. On était les tous premiers profs de musique prêts à former les Maliens, des Africains. Mais les autorités d’alors ne voyaient pas l’importance culturelle que ça avait. Alors je suis parti en Côte d’Ivoire : ce que je n’ai pas pu donner au Mali, je l’ai donné à la Côte d’Ivoire, et en échange la Cote d’Ivoire m’a donné tout ce qu’elle pouvait me donner. J’ai été embauché à l’Institut National des Arts, et j’ai monté l’orchestre de la télé, avant de monter le mien, Musicaria. Puis je suis parti en France où j’ai commencé à arranger les disques d’Alpha Blondy, et puis (entre autres) le groupe Africando (un all stars de salsa réunissant des grandes voix africaines, ndlr). Notre chanson Yaye Boye a tourné partout.

Au point que votre modèle, l’orchestre cubain Aragon, a repris Yaye Boye…

Quel plaisir ! parce que c’est le retour du bâton. Moi avant de partir à Cuba, je chantais dans un sabir espagnol, et Aragon fait le contraire maintenant. J’ai dit voilà, ce sont les Cubains qui chantent nos langues, on a gagné, on a réussi.

Le réalisateur du documentaire qui raconte l’histoire de Maravillas de Mali, Richard Minier, a mis du temps à vous convaincre d’accepter de le suivre dans cette aventure. Il vous embarque finalement pour Cuba comme on le voit dans le film. Ce retour, 45 ans après ?

C’est de la nostalgie, des pleurs, de la tristesse et de la joie.

Propos recueillis par Vladimir Gagnolari

La bande originale du film réunit les titres de l’album original, ainsi que de nouvelles versions enregistrées à Bamako et la Havane, feat Mory Kante, Inna Modja, Roldan (Orishas).

 

Publié le 16 septembre 2020