Hélène Martin, pour l’amour de la poésie

Février 2021

Celle qui fut la voix des plus grands poètes français, à la carrière fourmillante au service des mots, s’est éteinte à l’âge de 92 ans.

Elle incarnait à elle seule l’âge d’or des rencontres entre la poésie et la chanson. Hélène Martin nous a quittés à 92 ans, elle qui a littéralement voué sa carrière à la mise en musique et l’interprétation de classiques du genre. Artiste complète, elle fut aussi autrice et compositrice. Elle était membre de la Sacem depuis 1961.

Hélène Martin - (c) Faustine - Agence Dalle
© Faustine - Agence Dalle

Élève des célèbres Cours Simon à Paris, ce n’est pas vers les planches du théâtre que se dirige Hélène Martin mais vers le chant. Elle se produit dès 1956 dans différents cabarets de la rive gauche de la capitale, comme la Colombe, qui verra débuter environ deux cents chanteurs dont Jean Ferrat, Georges Moustaki, Anne Sylvestre ou Guy Béart. C’est à l’aube des années 60 que sa carrière embrasse la poésie. Elle réalise ses premiers enregistrements et se voit couronnée du Grand Prix du Disque de l‘Académie Charles-Cros en 1961 pour son premier album intitulé « Récital N°1 », début d’une longue série de récompenses. L’année suivante, elle met en musique des poèmes de Jean Genet parmi lesquels son œuvre emblématique, Le condamné à mort, qu’Etienne Daho reprendra plusieurs décennies plus tard dans la même forme musicale, ce même Étienne Daho qui citera Hélène Martin parmi ses influences marquantes dans la chanson. Lors d’un concert au Petit Pont, un ami lui propose d’envoyer un enregistrement à Genet qui lui adressera un courrier de félicitations. Elle gravera l’œuvre sur disque en 1968.

 

C’est le début d’une nouvelle ère pour elle qui porte au théâtre des textes de René Char. Ainsi naît, sur une invitation de Jean Vilar, son spectacle « Terres mutilées » pour le festival d'Avignon 1966. En parallèle, elle chante Jean Giono et Louis Aragon dont elle sera très proche, ainsi que Pablo Neruda, Paul Éluard ou encore Raymond Queneau, inscrivant son nom dans un art où excellent aussi Léo Ferré et Jean Ferrat.

Après avoir monté en 1970 sa propre structure de production, Les disques du Cavalier, elle se lance dans la création de concerts, de spectacles musicaux, ainsi que d’émissions radiophoniques et télévisuelles. Sa série télé documentaire de 22 épisodes « Plain-chant » se consacre en particulier à des écrivains et poètes, de Brecht à Aragon en passant par Colette, Louise Labé et Walt Whitman. En tant que réalisatrice, elle porte aussi à l’écran le roman « Jean le Bleu » de Jean Giono en 1978. Écrivaine, elle publie trois livres.

Hélène Martin, c’est aussi un répertoire en son nom propre, ponctué d’œuvres-clefs comme « Hélène Martin Chante Hélène Martin » (1969), l’emblématique « Liberté Femme » (1971) dont le titre synthétise à lui seul l’ensemble de son parcours, à la fois plein d’audace et attaché au féminisme. Sa discographie court jusque dans les années 2000, rassemblée par ses soins dans le coffret anthologie « Voyage en Hélénie » (treize CD et un DVD, 2010). Elle a par ailleurs reçu le prix Odette Vargues (Sacem) deux ans plus tard pour l’ensemble de son œuvre. Une femme libre de la chanson, c’est bien ainsi dont on se souviendra de la magnifique interprète de « La ballade de Bessie Smith. »

 

"Hélène Martin a voué sa voix et son âme à la poésie. Il faut l'avoir vue et écoutée chanter "Le feu", texte sublime d'Aragon, pour savoir à quel point un interprète peut, alchimiste des notes et des mots, les changer en émotion pure. Si le silence est d’or, le chant, grâce à des artistes comme Hélène Martin, l'est infiniment plus", Claude Lemesle, Auteur, Président d’honneur de la Sacem

 

 

Publié le 22 février 2021